CONTENU
12 histoires
Kimi Komo, la courageuse coccinelle
Le garçon aux yeux bleus
Le chat, le corbeau et le renard
Pourquoi l’araignée se cache-t-elle ?
Le coq et le lézard
La petite orpheline
Fanta Cissé
Qui est le plus fort ?
Riki la tortue
Le lièvre et la hyène vont à la pêche
La princesse prétentieuse
Le paysan et le diable
Instruments de musique traditionnels du Mali
Les recettes
Crêpes de bananes
Tiguadégué na
Djindjibéré
Devinettes
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« IL ETAIT UNE FOIS… »
Mes plus beaux souvenirs d’enfance sont certainement ceux passés chez mes grands-parents, dans le village de Koulikoro, à 60 km de Bamako, la capitale du Mali. Je me souviens particulièrement des soirées pendant les grandes vacances, où il était coutumier de raconter des histoires.
À l’époque, à part quelques lampes à pétrole ici et là : il n’y avait pas d’électricité dans les rues. Mais il y avait tout naturellement la lune et le ciel étoilé pour éclairer notre chemin, quand mes camarades et moi-même allions, après le dîner, dans une famille, pour une soirée de contes.
Dans la cour, un feu de bois était déjà allumé, et nous saluions poliment tous les adultes qui étaient présents. Nous étions toujours très excités d’entendre le premier conte, mais il nous fallait attendre que le conteur, qui souvent était ma grand-mère, finisse la prière du soir.
Pour faire passer le temps, nous jouions aux devinettes pendant que d’autres s’exerçaient à interpréter des contes déjà entendus. Nous rions et parlementions à haute voix, lorsque la version réadaptée de l’apprenti conteur n’était pas approuvée à l’unisson.
Mais dès que le « grand » conteur faisait son entrée dans la cour, le silence s’installait dans l’auditoire. Nous étions alors prêts à vivre une nouvelle aventure.
« Il était une fois… »
Les contes commençaient toujours ainsi, et nous basculions dans un monde magique comme par enchantement. Lorsque les premiers bâillements des gamins fatigués se faisaient entendre, le conteur finissait son histoire par : « Je m’en vais remettre ce conte là où je l’ai emprunté. » C’est la coutume au Mali, car comme les Anciens se plaisent à le rappeler, le conte n’est jamais la propriété du conteur ; celui-ci l’a juste « emprunté », et se doit de le remettre à sa place.
Lorsque j’ai eu mes enfants, je leur ai transmis avec plaisir ces histoires de mon enfance. Il m’arrivait aussi d’en inventer et ils trouvaient cela très amusant, surtout quand je m’égarais dans le récit improvisé.
Aujourd’hui, les contes ne font malheureusement plus autant partie de nos coutumes, et tendent à disparaître. Il n’y a pas si longtemps, ils tenaient une place importante dans nos vies quotidiennes, réunissaient jeunes et vieux dans une joie partagée, et jouaient un grand rôle éducatif.
Je n’oublierai jamais la sérénité et la patience de ma grand-mère. Elle avait le don de me faire passer mes petits chagrins avec ses contes magnifiques. Je l’aimais beaucoup. Mon père aussi était un grand conteur, et jusqu’à sa mort, il prit plaisir à nous transmettre les histoires de son enfance. « Il n’y a pas d’âge pour partager la joie d’un beau conte », se plaisait-il à dire.
J’ai eu moi-même l’envie de perpétuer cette belle tradition du Mali. J’aime raconter des histoires qui nous ramènent aux sources de la civilisation, éduquent et amusent à la fois, tout en valorisant nos coutumes africaines, afin qu’elles ne tombent pas dans l’oubli. J’aime voir les sourires et lire le rêve sur les visages. Alors, depuis quelques années déjà, je tourne dans les écoles. J’ai d’ailleurs remarqué que les adultes aiment aussi se laisser bercer par les histoires et les chants pour tout petits. Mon père avait raison : les contes sont destinés aux jeunes de 7 à 77 ans !
En conclusion, je serais heureux de vous imaginer conter à votre tour les histoires réunies dans ce livre. Mais n’oubliez pas, il faut les remettre à leur place, car c’est la coutume au Mali !